Mes journées au centre commencent généralement très tôt. Il faut rappeler que ce n’est pas seulement un centre de
reproduction de perroquets mais aussi un refuge pour tous les chiens et chats abandonnés du quartier. Vers 4h30 environ il arrive souvent qu’un malicieux greffier saute du toit directement sur
mon lit. Si, si, c’est tout à fait possible. Il est difficile de décrire l’architecture du lieu mais toujours est-il que les chats se baladent sur les toits et quand l’envie leur en prend, ils
déboulent par la fenêtre et atterrissent lourdement sur mon lit. La première fois ça surprend et puis comme pour tout, on s’habitue. S’en suit des demandes répétées et insistantes de câlins qui
me tirent peu à peu du sommeil. Vers 5h15, c’est au tour des perroquets de se réveiller et d’entonner leur chant matinal. Pardon, non, impossible de parler de chant en ce qui concerne ces
oiseaux. Il s’agit plutôt d’un cri puissamment éraillé et désagréable qui perce le tympan. Le fond sonore criard qui démarre restera branché toute la journée, jusqu’à la nuit tombée. Je me lève,
donc, et mon premier acte de la journée consiste à me jeter sur le sérum physiologique pour soulager mes yeux qui piquent. La proximité des poils de chats, chiens et de la poussière est sans
pitié. Puis je m’habille de mes vêtements de travail déjà couverts de boue (les chiens sont mal élevés et sautent bien sûr) et descend les escaliers en zig-ziguant entre les queues de chiens qui
s’agitent et les multiples corps félins qui s’étalent sur les marches et rambardes. Arrivée en bas, dans la cuisine-salon, Marti s’active déjà, distribuant croquettes pour chiens, croquettes pour
chats et admonestations à tout ce petit monde indiscipliné qui ne manque pas de faire pipi à côté de la litière ou se soulager en plein milieu du salon. J’entreprends alors je me faire un
petit-déjeuner, je pousse Mango qui bloque l’accès du micro-onde, fais chauffer mon eau et mon petit pain puis pique la marmelade d’orange de Marti (anglaise de son état). Je pars alors
m’asseoir dans le patio est c’est le moment que Marti choisit pour faire sortir les chiens qui sont parqués pour la nuit dans une pièce attenante au dit patio. Le but de la manœuvre est de faire
passer la horde affamée de cette pièce à l’enclos extérieur. Peu d’entre eux bien sûr, on l’intention de suivre une ligne droite entre ces deux points. Je me retrouve donc à avaler mon petit pain
en toute hâte, poser mon thé sur le banc et courir après les dératés qui envahissent l’espace. Il y a ceux qui foncent à l’arrière du bâtiment, ceux qui montent l’escalier et croient qu’ils
peuvent se planquer, ceux qui veulent des câlins, ceux qui ont le diable au corps. Une fois tout ce petit monde dûment disputé, porté, réprimandé, il est temps de se diriger vers le hangar à
nourriture. S’en suivra une interminable liste de fruits et légumes à découper pour remplir les cinq bols géants destinés aux perroquets. Trois heures plus tard environ, c’est la pause et nous
prenons enfin le temps de boire, discuter, et comme toujours, faire des caresses aux animaux qui le demandent. Je suis alors libre de mes mouvements et entreprend des activités un peu plus
scientifiques, lecture et recherche de bibliographie principalement. Plus, apprentissage de l’espagnol. A midi, j’ai pris l’habitude de rejoindre les volontaires qui sont logés chez l’habitant
pour partager un très bon repas préparé par Daisy, la maîtresse de maison qui nous parle à toute vitesse en espagnol. Totalement oublieuse du fait qu’on ne comprend pas la moitié de ce qu’elle
dit, elle débite joyeusement des phrases colorées. Jour après jour je comprends de mieux en mieux, c’est encourageant ! Le repas se compose de salade mélangée, haricots noirs, riz aux
crevettes, pommes de terre à la coriandre, poulet grillé, tortillas, chips. Tout est formidablement bon et je me ressers plusieurs fois ! Après manger je reste souvent chez elle pour
continuer mes recherches sur internet puis je rentre à la maison pour discuter du programme avec Marti, rigoler avec les volontaires et faire une pause. Le soir Marti me fait parfois des sushis
au surimi très réussis et nous nous affalons devant une épisode de Absolutely Fabulous, cette série anglaise totalement déjantée que je n’avais jamais vue. J’avais vu le film avec Josiane Balasko
et Nathalie Baye qui s’était inspiré de cette série, une nullité sans nom. « The real thing », par contre, vaut le détour ! Vers 20h00, complètement claquée, je vais prendre ma
douche dans une salle de bain boueuse et rejoint ma chambre déglinguée. Les mêmes chats cités plus haut entreprennent alors de m’empêcher de lire, font des traces de pattes sur mes draps et mon
beau dessus de lit Tortues Ninjas. Après 10 minutes de lecture mes bouchons d’oreilles sont les bienvenus pour m’isoler du monde et rejoindre les bras de Morphée.
Voilà, j’espère que cela vous donne une idée de ma vie du moment. Dans quelques jours tout cela va changer et ma
routine sera complètement différente. Je vous tiendrai informés de mes combats avec les serpents, les heures humides passées sous le déluge tropical et les ailes flamboyantes qui déchirent le
ciel.